Les autorités canadiennes ont émis une alerte nationale après que des acteurs malveillants ont réussi à compromettre plusieurs systèmes de contrôle industriels (ICS) connectés à Internet et utilisés pour gérer des infrastructures critiques, notamment des installations de traitement de l’eau, des sites énergétiques et des exploitations agricoles.
Ces incidents marquent une vague croissante de cyberattaques qui menacent la stabilité des services publics essentiels.
L’alerte du gouvernement canadien concernant ces attaques indique : « … les hacktivistes exploitent de plus en plus les dispositifs ICS accessibles depuis Internet pour attirer l’attention des médias, discréditer les organisations et ternir la réputation du Canada. »
Des pirates compromettent les systèmes critiques du Canada
Des attaquants ont manipulé des automates programmables (PLC) et des systèmes automatisés connectés à Internet au sein d’installations municipales canadiennes de traitement de l’eau, provoquant des variations de pression qui ont temporairement dégradé les services aux collectivités.
Dans un autre cas, une grande entreprise canadienne du secteur pétrolier et gazier a subi de fausses alertes après la compromission de son système Automated Tank Gauge (ATG).
Un troisième incident a visé un silo de séchage des céréales, où des pirates ont modifié les relevés de température et d’humidité, mettant potentiellement en danger les produits agricoles entreposés.
Ces attaques montrent à quel point des composants ICS connectés à Internet, ainsi que leurs dispositifs et systèmes, peuvent être facilement exploités.
Ces incidents soulignent la nécessité d’une meilleure coordination entre les administrations locales, les fournisseurs de services et les opérateurs privés afin de protéger des systèmes essentiels qui n’ont jamais été conçus pour être exposés à l’Internet public.
L’exposition directe crée un risque systémique
Les systèmes compromis présentaient une faiblesse commune : ils étaient directement accessibles depuis Internet, sans segmentation ni contrôle d’accès suffisants.
Les dispositifs ICS — notamment les automates programmables (PLC), les unités terminales distantes (RTU), les interfaces homme-machine (HMI), ainsi que les systèmes de contrôle et d’acquisition de données (SCADA) — sont accessibles en ligne, souvent avec des identifiants faibles ou définis par défaut.
Une fois l’accès obtenu, les attaquants peuvent manipuler les valeurs des capteurs, déclencher de fausses alertes ou modifier les paramètres de fonctionnement en temps réel.
Les autorités canadiennes estiment que ces intrusions sont imputables à des groupes hacktivistes plutôt qu’à des acteurs soutenus par un État.
Contrairement aux campagnes d’espionnage ciblées, ces opérations semblent rechercher la visibilité et la perturbation plutôt qu’une infiltration à long terme.
Cependant, l’interconnexion des infrastructures informatiques d’entreprise et ICS modernes signifie que même une manipulation limitée peut avoir des effets en cascade, susceptibles de toucher simultanément des milliers de personnes et plusieurs secteurs d’activité.
Défendre ce qui compte le plus
Les fondamentaux restent la meilleure défense contre les attaques visant les ICS. Les mesures de sécurité courantes sont notamment les suivantes :
- Recenser et segmenter les systèmes : Cartographiez tous les actifs ICS exposés à Internet, déconnectez les liaisons inutiles et isolez les réseaux OT des systèmes informatiques et publics.
- Adopter le modèle zéro confiance : Appliquez le principe du moindre privilège, l’authentification continue et une vérification stricte de l’identité des utilisateurs et des appareils.
- Sécuriser l’accès à distance : Utilisez des VPN avec une authentification multifacteur (MFA) et limitez l’accès RDP/SSH aux seules adresses IP de confiance.
- Renforcer la détection : Déployez des systèmes IPS et des outils EDR pour détecter les comportements anormaux et l’utilisation abusive d’outils légitimes.
- Gérer les vulnérabilités en continu : Appliquez les correctifs, effectuez des tests et réalisez régulièrement des audits afin de maintenir une protection homogène.
- Tester la préparation aux incidents : Organisez des exercices sur table pour tester les plans de réponse aux incidents (IR) et vérifier leur efficacité.
Même aucune mesure unique ne peut empêcher toutes les compromissions, l’application systématique de mesures comme celles-ci peut contribuer à réduire les risques et à renforcer la cyberrésilience dans tous les environnements.
La prochaine ligne de front : la sécurité publique
Ces incidents mettent en évidence une inquiétude croissante face au raccordement des infrastructures critiques à Internet.
Si les attaques par rançongiciel et le vol de données dominent souvent les discussions sur les cyberrisques, les attaques contre les infrastructures critiques — comme les systèmes de contrôle du traitement de l’eau ou les dispositifs de gestion de l’énergie — ont des conséquences considérables pour la sécurité publique.
À mesure que les tensions géopolitiques et les mouvements militants évoluent, les infrastructures mal sécurisées sont devenues des cibles très médiatisées pour les hacktivistes et les acteurs malveillants soutenus par un État.
Comme le montrent ces incidents, la protection des infrastructures critiques repose désormais sur une approche zéro confiance — qui élimine la confiance implicite et vérifie chaque connexion, chaque utilisateur et chaque appareil.

