La cybersécurité ne se résume plus au code : elle concerne les individus, le pouvoir et la lutte pour la vérité.
Jeudi, lors de son intervention au Black Hat USA 2025, Nicole Perlroth, ancienne journaliste du New York Times et associée fondatrice de Silver Buckshot Ventures, a averti que les menaces numériques avaient pris de vitesse les défenses traditionnelles. Les logiciels malveillants sont devenus silencieux et autonomes. Les rançongiciels fonctionnent comme un service par abonnement. L’intelligence artificielle a commencé à déformer la réalité elle-même.
Elle a expliqué que les cybermenaces avaient dépassé le cadre des réseaux pour viser désormais le débat public, les systèmes critiques et la démocratie elle-même.
« Mais désormais, les menaces sont automatisées par l’IA et déployées à grande échelle », a expliqué Perlroth. « La question n’est pas de savoir si nous pouvons les arrêter. C’est de savoir si nous avons seulement le courage d’essayer. »
Perlroth a exhorté la communauté de la sécurité à définir des lignes rouges, à protéger ce qui compte le plus et à comprendre que le courage façonnera l’avenir.
Quand les gros titres s’estompent, les menaces demeurent
Perlroth parlait d’expérience. En tant que journaliste spécialisée dans la cybersécurité au New York Times, elle a passé une décennie à couvrir l’escalade du conflit numérique. Ces affaires faisaient souvent la une avant de disparaître discrètement. Mais ces incidents, a-t-elle soutenu, n’étaient pas des anomalies. C’étaient des avertissements.
Peu après son arrivée au Times, la rédaction a été piratée. Les journalistes étaient censés se défendre eux-mêmes contre des attaquants soutenus par des États. À partir de là, les menaces n’ont cessé de s’accumuler : logiciels malveillants dissimulés dans des menus de plats à emporter, attaques par effacement contre l’Iran et l’Arabie saoudite, piratage de Sony visant à réduire une entreprise de médias au silence, et piratage du DNC qui a façonné le débat public.
« En réalité, a déclaré Perlroth, c’était une attaque contre le Premier Amendement. »
Au fil du temps, l’ampleur des attaques s’est accrue. Les rançongiciels ont paralysé des hôpitaux. Les logiciels espions ont intimidé des journalistes. Les cybercriminels ont divulgué des données sensibles d’entreprises pour faire pression. Les attaques sont devenues plus audacieuses, les enjeux plus élevés et le coût humain plus visible.
« J’ai été aux premières loges pour observer le coût humain, a-t-elle noté. Et chaque fois, la situation empirait. »
Pourtant, le secteur est régulièrement passé à autre chose. Ce n’étaient pas des cas isolés, a averti Perlroth : c’étaient des tests de résistance. Et les adversaires étaient attentifs.
Une nouvelle forme de cyberguerre, propulsée par l’IA
L’avertissement de Perlroth allait au-delà des échecs historiques : il portait sur l’avenir.
L’intelligence artificielle change rapidement les règles de l’engagement. Les pirates ont déjà recours à l’IA pour identifier les actifs critiques de l’entreprise, concevoir des leurres d’hameçonnage convaincants et automatiser la manipulation psychologique. Certains groupes, a-t-elle expliqué, entraînent des chatbots à exercer une pression maximale lors des négociations liées aux rançongiciels.
Pendant ce temps, les défenseurs prennent du retard. Les flux de travail agentiques sont pris pour cible. Des modèles d’IA comme Claude remportent déjà des compétitions de piratage. Malgré tout, a insisté Perlroth, l’issue n’est pas inéluctable.
« Nous pouvons encore orienter l’IA, a-t-elle déclaré. Mais la fenêtre est étroite et elle se referme rapidement. »
Malgré l’importance des enjeux, elle s’est dite prudemment optimiste. De nouvelles technologies émergent, capables de détecter les deepfakes en temps réel, d’évaluer les risques liés aux tiers à grande échelle et de démocratiser la sécurité pour les entreprises aux ressources limitées. Plus important encore, a-t-elle ajouté, ce domaine est porté par des personnes qui se mobilisent pour défendre, et non pour détruire.
« Le seul moyen de s’en sortir, c’est de traverser l’épreuve, a conclu Perlroth. Et le seul moyen de la traverser, c’est avec du courage. »





